Lorsqu’une entreprise entre en redressement judiciaire, la pression monte pour les salariés qui envisagent un départ négocié. Beaucoup espèrent une rupture conventionnelle pour quitter l’entreprise avec une indemnité. Mais, dans ce contexte, rares sont ceux qui touchent effectivement leur dû. Entre procédures complexes, incertitudes juridiques et absence de filet de sécurité, la promesse d’une indemnité de rupture vire souvent au mirage.
Peut-on demander une rupture conventionnelle pendant un redressement judiciaire ?
La loi ne s’y oppose pas : il est possible de signer une rupture conventionnelle alors que l’entreprise est en redressement judiciaire. Cette option reste cependant très peu utilisée. La raison principale : la procédure n’est jamais automatique. Ce type de rupture dépend du double accord de l’employeur (ou de l’administrateur judiciaire) et du salarié, mais surtout de l’aval du juge-commissaire. Sans cette autorisation, la rupture conventionnelle n’a aucune valeur.

La différence avec la liquidation judiciaire est majeure. Dans ce dernier cas, la rupture conventionnelle est tout simplement exclue : seul le licenciement économique est alors possible, car l’objectif est la cessation d’activité et le règlement des dettes.
Pourquoi l’accord du juge-commissaire est-il indispensable ?
En redressement judiciaire, toute nouvelle dette contractée par l’entreprise doit être scrutée. L’indemnité de rupture conventionnelle constitue justement une nouvelle créance, qui ne peut être décidée sans contrôle. Le juge-commissaire n’autorise une telle sortie que s’il juge le départ du salarié indispensable à la survie de la société (par exemple, si cela allège significativement la masse salariale) et si la trésorerie permet de payer l’indemnité sans mettre en péril l’activité. Dans la pratique, ce feu vert est rare.
Un administrateur judiciaire l’explique sans détour : son rôle n’est pas d’épuiser la trésorerie restante, mais d’assurer la continuité de l’entreprise. La demande de rupture conventionnelle n’est transmise au juge que dans des cas exceptionnels, souvent lorsque la négociation coûte moins cher que le licenciement.
Pourquoi l’indemnité de rupture conventionnelle n’est-elle pas garantie ?
La principale difficulté pour le salarié concerne la non-couverture de l’AGS (Association pour la gestion du régime de Garantie des créances des Salariés). L’AGS intervient pour garantir le paiement des salaires et des indemnités de licenciement impayées lors d’une procédure collective. Mais en cas de rupture conventionnelle, elle n’avance pas le montant dû : tout repose sur les finances de l’entreprise.
Concrètement, si l’entreprise n’a plus assez de liquidités après la validation de la rupture, le salarié risque de ne jamais percevoir son indemnité. Et si une liquidation judiciaire est prononcée juste après la signature, la créance liée à la rupture conventionnelle passe après d’autres dettes, sans priorité, et sans prise en charge par l’AGS.

Si la rupture conventionnelle est validée pendant un redressement judiciaire et que l’entreprise tombe ensuite en liquidation sans avoir payé l’indemnité, le salarié ne pourra pas compter sur l’AGS pour être réglé.
Quelles alternatives pour sécuriser son indemnité ?
Pour ceux qui recherchent la sécurité, le licenciement économique reste la porte de sortie la plus fiable en période de redressement judiciaire. Cette procédure, enclenchée si l’entreprise doit réduire ses effectifs ou se réorganiser pour survivre, ouvre droit à des indemnités garanties. L’AGS prend en charge le paiement si la société est défaillante, ce qui écarte le risque de non-paiement.
Il faut cependant accepter que la négociation individuelle soit plus limitée que dans une rupture conventionnelle. Néanmoins, la certitude de percevoir ses droits pèse lourd dans la balance pour de nombreux salariés confrontés à l’incertitude.
| Type de rupture | Procédure | Indemnité garantie par l’AGS ? | Condition d’obtention |
|---|---|---|---|
| Rupture conventionnelle | Accord salarié + employeur + juge-commissaire | Non | Validation du juge et trésorerie disponible |
| Licenciement économique | Décision unilatérale de l’employeur avec motif économique | Oui | Procédure collective en cours |
| Démission | Décision unilatérale du salarié | Non applicable | Aucune indemnité, pas de droit au chômage sauf démission légitime |
Quelles erreurs éviter et points de vigilance ?
- Signer une rupture conventionnelle sans vérifier la trésorerie de l’entreprise : le risque de ne jamais toucher l’indemnité est réel.
- Ignorer le calendrier : si la rupture conventionnelle est conclue avant l’ouverture du redressement judiciaire, la créance peut être garantie par l’AGS, dans certaines limites.
- Confondre les procédures : la rupture conventionnelle n’est jamais possible en liquidation judiciaire.
- Supposer que l’AGS prendra en charge toutes les sommes dues : seules les indemnités de licenciement et salaires sont garanties.
Quelle stratégie adopter si vous souhaitez partir ?
Dans ce contexte incertain, le salarié doit peser le risque : partir vite en tentant une rupture conventionnelle en redressement judiciaire, sans garantie d’être payé, ou attendre une procédure de licenciement économique, moins négociable mais plus sûre. Ceux qui privilégient la sécurité des indemnités ont tout intérêt à attendre que l’entreprise enclenche une réduction d’effectifs. Ceux qui souhaitent absolument négocier une sortie doivent obtenir des engagements fermes sur le paiement effectif de l’indemnité, tout en sachant qu’aucune assurance ne couvre ce risque.
En cas de blocage ou d’absence de réponse de l’employeur à une demande de rupture conventionnelle, il peut être utile de consulter les démarches à envisager si l’employeur ne répond pas. Enfin, pour toute situation où l’inaptitude médicale est en jeu, mieux vaut se renseigner sur les options de refus de rupture conventionnelle après inaptitude.
Dans tous les cas, se lancer dans une rupture conventionnelle en redressement judiciaire relève plus du pari que de la stratégie prudente. Sans garantie AGS, la promesse d’une indemnité peut s’envoler du jour au lendemain si la situation de l’entreprise se dégrade. Le licenciement économique, même moins avantageux sur le papier, reste la voie la plus sûre pour préserver ses droits.



